Anaïs Bautrant, directrice de A3 (Association d’aide aux aidants) : « Nos publics sont complémentaires avec ASSPA »

La date du 8 octobre marquait la première collaboration entre A3 (Association d’aide aux aidants) et ASSPA, avec la Marche pour l’inclusion et les aidants. Sa directrice, Anaïs Bautrant, souligne l’importance de cet événement, qui a permis d’unir les acteurs du soutien aux aidants et ceux de l’inclusion. Cette démarche s’inscrit dans la continuité des actions conduites par A3 et des nouveaux défis auxquels l’association est confrontée.

Pouvez-vous nous présenter l’association A3 en quelques mots ?

L’association A3 est née d’un constat partagé par des médecins membres de notre Conseil d’Administration : de nombreux proches aidants de leurs patients se trouvaient souvent isolés et manquaient cruellement d’un accompagnement adapté à leurs besoins. Face à cette réalité, ils ont souhaité créer une structure capable d’offrir un soutien concret et personnalisé, combinant information, orientation et accompagnement tout au long de leur parcours.

Quelles sont vos missions principales ?

L’association A3 a pour objectif central de prévenir l’épuisement physique, psychologique et moral des proches aidants, quels que soient l’âge ou la pathologie de la personne accompagnée. Nous agissons à travers un accompagnement global, axé sur l’écoute, le conseil, l’orientation et le soutien concret des aidants — un public souvent négligé par les dispositifs classiques, bien qu’il joue un rôle essentiel dans le maintien à domicile des personnes dépendantes.

Nos bénéficiaires sont majoritairement des femmes (près de 80 % de notre public), souvent des filles de personnes âgées fragilisées par des maladies neuro-évolutives ou des handicaps liés au vieillissement. Ces aidants font face à des situations complexes, mêlant charge émotionnelle, isolement social, ruptures dans le parcours de santé et surcharge organisationnelle. Beaucoup doivent aussi concilier vie professionnelle et engagement auprès de leur proche.

« Offrir aux aidants des entretiens, des groupes de parole, des moments de répit, des actions de bien-être et de formation »

Comment accompagnez-vous les aidants au quotidien ?

Pour répondre à ces enjeux, notre association propose une approche individualisée et psychosociale. Nous offrons des entretiens, des groupes de parole, des moments de répit, ainsi que des actions de bien-être et de formation. Notre accompagnement vise à soulager les aidants dans leur quotidien, tout en renforçant leurs capacités d’adaptation, leur confiance en eux et leur bien-être. Depuis cinq ans, nous développons également des actions de suppléance à domicile sur les territoires de Marseille et ses communes, ainsi que sur Arles, le pays de Camargue et les Alpilles.

Vous mentionnez un accompagnement personnalisé pour les aidants. Pouvez-vous nous décrire comment cela se traduit concrètement ?

Un aidant est généralement orienté vers nous par un partenaire médico-social ou nous contacte directement. Il est d’abord reçu par une responsable d’accompagnement, conseillère en économie sociale et familiale, pour un bilan complet de sa situation (sociale, médicale et administrative). S’il le souhaite, il peut ensuite rencontrer une psychologue ou une neuropsychologue pour un soutien psychologique ou de l’éducation thérapeutique liée à la pathologie de son proche.

Il peut également intégrer des groupes de parole, participer à des activités de répit, suivre des formations ou bénéficier de nos actions dédiées. Chaque accompagnement est individualisé, afin que chaque aidant puisse trouver chez A3 les ressources dont il a besoin pour gagner en autonomie et améliorer sa relation avec son proche.

« La marche du 8 octobre a été un moment fort »

La marche du 8 octobre marque la première collaboration entre A3 et l’ASSPA. Comment est né ce partenariat ?

Nous avons évoqué nos marches respectives de 2024 et nous avions pour ambition de renouveler l’expérience à Arles en 2025. En échangeant sur nos missions et nos bénéficiaires, nous nous sommes rendus à l’évidence : nos publics sont complémentaires. Nous avons donc envisagé cette marche commune afin de mettre en lumière les personnes en situation de handicap mais aussi leurs aidants.

Quels retours avez-vous reçus de la part des participants, notamment des aidants et des familles ?

Les aidants ont été ravis de voir leur cause mise en lumière lors de cette journée à Arles. Cet événement a été pour eux un moment fort. Sur le village médico-social, ils ont pu trouver des réponses à leurs interrogations. Ils ont également eu l’occasion de participer aux activités organisées par les partenaires de l’ASSPA, favorisant les échanges et la convivialité. La présence d’enfants sur le site a apporté une belle touche d’intergénérationnel.

Qu’attendez-vous de cette collaboration à court et moyen terme ?

Nous espérons pouvoir mutualiser nos forces afin que l’ASSPA oriente les aidants vers la plateforme de répit mais aussi d’ouvrir le sport inclusif aux aidés accompagnés par nos aidants. Nous avons aussi à cœur de sensibiliser davantage les aidants membres de l’ASSPA afin de valoriser leur rôle et de renforcer leur soutien.

« Se reconnaître comme aidant est une étape essentielle »

En quoi cette alliance peut-elle renforcer l’impact de vos actions respectives ?

Pour la plateforme de répit, cette alliance permet un repérage plus efficace des aidants sur le territoire Arles-Camargue, et leur donne accès aux activités proposées par l’ASSPA.

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels sont confrontés les aidants aujourd’hui en France ?

Les aidants font face à de multiples défis : épuisement, isolement, difficultés administratives, financières ou médicales, méconnaissance de la pathologie de leur proche, et cumul entre vie professionnelle et charge d’aidant. Le défi majeur reste cependant la reconnaissance de leur statut d’aidant. Beaucoup ignorent qu’ils en sont, ou culpabilisent à l’idée de demander de l’aide. Se reconnaître comme aidant est pourtant une étape essentielle vers un accompagnement plus serein et un meilleur équilibre personnel.