Insolite : à la découverte du goalball avec Vivien Fournier

Printemps 2023. ASSPA pilote un atelier lors du Forum handicap à Saint-Martin-de-Crau. La présence de l’association pique la curiosité de Vivien Fournier, éducateur sportif de la Ville mais également entraîneur de l’équipe de France de goalball, qui disputera les Jeux paralympiques cet été (28 août-6 septembre). La connexion s’opère, Thomas Joubert, le coordinateur d’ASSPA, et Vivien Fournier parlent le même langage. « On est régulièrement en contact, souligne l’entraîneur national. Il existe un véritable intérêt à proposer des animations en commun. Saint-Martin-de-Crau doit être intégrée comme un lieu clé pour une pratique sportive inclusive. Une association support comme ASSPA, c’est super ! C’est un partenariat à développer ». Sport partagé, inclusion, solidarité, des mots qui résonnent chez ASSPA comme pour Vivien Fournier.

« Le sport offre une ouverture sur le monde »

L’entraîneur des Bleus du goalball (36 ans) a poussé la porte du milieu handisport dès la fin de ses études. Très attaché aux valeurs du sport collectif (entraide, solidarité, cohésion), même s’il a surtout pratiqué des disciplines individuelles, l’éducateur a poussé encore plus loin l’expérience grâce au handisport, sur le volet social notamment. « Le sport handi casse la routine de la maison, évite l’isolement. Le sport offre une ouverture sur le monde. Avec le parasport, je donne plus de sens à mon engagement ». Entraîneur du club de goalball de Nîmes (une formation qui n’existe plus), il a dirigé l’équipe de France espoirs puis les Bleus depuis 2020. Il s’épanouit dans ce sport qui n’a aucun équivalent olympique.

Pratiqué par des déficients visuels, le goalball se joue à trois contre trois, sur un terrain de volleyball. L’objectif consiste à marquer dans le but adverse à l’aide d’un ballon muni de clochettes, qui doit impérativement rebondir pour le situer dans l’espace. La discipline réclame des qualités d’écoute (ballon, coéquipiers, adversaires, entraîneurs) et de concentration. « Habituellement, ce public dépend des aides humaines et matérielles. Mais sur un terrain de goalball, ils n’ont besoin de personne ! Ils ont leurs repères, leurs coéquipiers, le bruit du ballon, les ficelles au sol pour se situer. Les joueurs sont autonomes dans leur activité ». Les matches se déroulent en deux mi-temps de 12 minutes, avec un arrêt du chrono dès que le ballon sort du terrain. Les rencontres durent autour de 45 minutes.

Les jeux paralympiques pour promouvoir le goalball

Pour le moment, ce sport est totalement méconnu en France (à peine une centaine de licenciés) mais mérite le détour ! Pour s’en convaincre, les Jeux paralympiques offriront une tribune inédite, surtout pour les Bleus, dont ce sera la première participation. L’événement, où les équipes évolueront dans la nouvelle Arena Paris Sud (qui fait partie intégrante de Paris Expo), participera à la promotion du goalball selon Vivien Fournier. A condition que les Bleus obtiennent des résultats probants. Pas facile face au Brésil (champion du monde), la Chine (vice-championne du monde), le Japon (vainqueur du tournoi qualificatif olympique), l’Egypte (championne d’Afrique), les Etats-Unis (deuxième du championnat des Amériques, derrière… le Brésil), l’Ukraine (championne d’Europe) et l’Iran (championne d’Asie). La France doit sa participation en qualité de pays hôte. Une chance que n’ont pas eu le basket fauteuil, où les équipes féminines et masculines ont dû passer par un tournoi de qualification (victorieux pour les hommes, malheureux pour les dames). Les huit équipes en lice seront qualifiées pour les quarts de finale. « On aura un match à gagner pour jouer une médaille ». Peu importe la couleur de la breloque, le regard sur la discipline changera.

Le camp de base des Bleus à Saint-Martin-de-Crau

Mais déjà, le goalball a bénéficié d’un coup de projecteur inédit avec des reportages sur France Info, France Inter, BeInsport, France 3, La Provence… « La communication et la promotion sont nécessaires pour un sport comme le nôtre, on sait d’où l’on vient », glisse Vivien Fournier. Car si le goalball a fait son apparition dans le giron paralympique dès 1976, l’équipe de France existe seulement depuis 2017. Autant dire que le fossé qui le sépare des nations majeures (Brésil, Ukraine, Egypte) est immense. Les Brésiliens évoluent dans un cadre professionnel par exemple. « Cela n’excuse pas tout, mais notre fonctionnement est encore très différent ». La discipline peut tout de même compter sur le soutien de la Fédération française handisport bien entendu, du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône mais également de la Ville de Saint-Martin-de-Crau, le camp de base de l’équipe de France. La commune met à disposition ses infrastructures et facilite la présence de son éducateur sportif lors des rassemblements et des rendez-vous internationaux, comme en août où Vivien Fournier sera absent tout le mois. « C’est un choix politique, il permet au goalball de se développer ». Saint-Martin-de-Crau a été également le théâtre d’un tournoi international en septembre dernier avec la France bien entendu, le Canada et l’Allemagne.

Pour l’occasion, près d’un millier d’écoliers avaient été invités. Une autre manière de promouvoir la discipline. Des animations sont organisées régulièrement dans les écoles saint-martinoises, notamment lors de la semaine olympique et paralympique, où près de 400 enfants avaient participé à des initiations. « La vision du handicap est très différente aujourd’hui, les enfants sont plus ouverts, apprécie Vivien Fournier. Lors de ces initiations, on est vraiment sur l’inclusion, on met les enfants en situation de handicap. C’est une approche dynamique et ludique. On montre que la vie ne s’arrête pas si on se trouve en situation de handicap, il existe toujours des moyens de s’épanouir. Le message passe dans les écoles ». Le goalball participe, à sa manière, à l’inclusion car des personnes valides peuvent participer, avec un masque sur les yeux. Mais pas aux Jeux paralympiques, où seuls les non-voyants et les malvoyants pourront toucher du doigt leur rêve de médaille.

La vie ne s’arrête pas si on se trouve en situation de handicap, il existe toujours des moyens de s’épanouir. Le message passe dans les écoles.

Vivien Fournier